Tare oculaire

Génétique de l’atrophie progressive de la rétine du Border collie

L’équipe « Génétique du chien » du CNRS de Rennes, dirigée par le docteur Catherine André, travaille depuis plusieurs années à la recherche des causes génétiques de l’atrophie progressive de la rétine (APR) du Border collie. Une collaboration de longue date et de confiance s’est établie entre notre équipe, le Dr. Gilles Chaudieu, Ophtalmologiste, et l’AFBC. Malgré le travail et la bonne volonté de tous, cette maladie génétique n’a pas encore dévoilé tous ses secrets.

Ainsi les journées de dépistage des maladies oculaires organisées par l’AFBC, avec le Dr. Gilles Chaudieu sont l’occasion pour nous d’être présents pour expliquer le travail déjà fait et en cours. Le Docteur réalise aussi des prélèvements sanguins nécessaires aux recherches génétiques sur cette maladie. Ces travaux de recherche sur les causes génétiques de l’APR chez le Border collie ont pour objectif de faire avancer à la fois la médecine vétérinaire et humaine, l’APR étant la maladie homologue d’une rétinopathie nommée « Retinitis pigmentosa » chez l’homme. La fréquence de l’APR dans le cheptel français de Border collie est actuellement d’environ 8% de chiens atteints parmi les chiens examinés. Cette maladie provoque une dégénérescence progressive de la rétine qui se caractérise par une perte progressive de la vision. Les chiens sont dans un premier temps atteints de cécité nocturne puis de cécité complète. L’APR est une maladie évolutive dont le diagnostic à l’heure actuelle ne peut se faire que par un examen oculaire régulier, le mieux étant un par an. Cet examen oculaire, réalisé par un vétérinaire ophtalmologiste (notamment par le Dr Gilles Chaudieu pour les journées de dépistage organisées par l’AFBC), se déroule en 2 étapes : tout d’abord le vétérinaire examine les annexes de l’œil (paupières et conjonctives) et sa partie antérieure (cornée, iris) à l’aide d’une lampe à fente puis d’un verre à gonioscopie pour dépister une éventuelle prédisposition au glaucome. Il examine ensuite le cristallin avec une lampe à fente et enfin le fond d’œil à l’aide d’un ophtalmoscope.

Chez le Border collie, l’APR est une maladie liée au chromosome X (chromosome sexuel). La conséquence de la mutation du gène impliqué n’est donc pas la même pour les mâles et les femelles. En effet un mâle possède un chromosome X et un chromosome Y alors qu’une femelle possède deux chromosomes X. De ce fait :

– Un mâle peut être sain ou atteint (voir schéma ci-dessous). S’il est sain, son chromosome X porte le gène normal (en vert), s’il est malade, son chromosome X porte le gène muté « malade » (en rouge). Le mâle n’ayant qu’un chromosome X, il suffit que celui-ci possède le gène muté (rouge) pour que la maladie se développe. Concernant sa descendance, un mâle atteint transmet son chromosome Y (normal) à l’ensemble de ses fils et son chromosome X (muté) à ses filles.

Mâle : 1 chromosome X et 1 chromosome Y (Y ne contenant pas les mêmes gènes que X)

Gène normal Chien Sain  X Y

Gène muté Chien Malade X Y

– Une femelle a deux chromosomes X et peut être saine, porteuse ou malade (voir schéma ci-dessous). Une femelle saine a 2 chromosomes X qui portent le gène normal (en vert) .

Une femelle porteuse, qui ne développe pas la maladie, a 1 chromosome X porteur du gène normal (en vert) et 1 chromosome X porteur du gène muté « malade » (en rouge). Enfin, une femelle malade a 2 chromosomes X qui portent le gène muté « malade » (en rouge). Contrairement aux mâles, il faut 2 chromosomes X avec le gène muté pour que la femelle développe la maladie. Ainsi, la maladie est dite « récessive » car la maladie ne s’exprime que si les deux chromosomes portent le gène « malade ».

Femelle : 2 chromosomes X

Saine X X

Porteuse

Malade X X

La transmission de l’APR du Border collie, maladie récessive liée au chromosome X, peut être expliquée par les cinq accouplements suivants :

1. Un père sain et une mère saine

Les femelles saines, lorsqu’elles sont mariées avec des mâles sains donnent des fils sains et des filles saines.

2. Un père atteint et une mère saine

L’accouplement d’un mâle atteint avec une femelle saine donne des fils sains et des filles porteuses (mais non malade). En effet, la mère donne à sa fille un chromosome X avec le gène normal et le père donne son unique chromosome X qui possède le gène muté « malade » (en rouge).

50% enfants avec le gène  muté (males atteints, femelles  porteuses)

3. Un père sain et une mère porteuse

Le chromosome portant le gène muté « malade » de la mère porteuse est statistiquement transmis à la moitié de sa descendance. Sachant que le père est sain, deux cas de figure sont possibles. Si la mère transmet le chromosome X portant le gène normal, les fils comme les filles seront sains. Si la mère transmet le chromosome avec le gène muté, les filles seront porteuses et les fils atteints.

4. Un père atteint et une mère porteuse

Un père atteint donne son chromosome X avec le gène muté à toutes ses filles et son chromosome Y, indépendant de la maladie, à tous ses fils. La mère étant porteuse, deux cas de figures sont possibles. Si la mère transmet le chromosome X portant le gène normal, les filles seront porteuses et les fils sains. Si la mère transmet le chromosome avec le gène muté les filles comme les fils seront atteints. Statistiquement, cet accouplement donne 50% de chiens atteints et 50% de chiens sains mais toutes les femelles saines sont porteuses.

5. Un père atteint et une mère atteinte

Les femelles atteintes, lorsqu’elles sont mariées avec des mâles atteints donnent des fils atteints et des filles atteintes.

Les différents accouplements possibles présentés ci-dessus montrent que dans une population atteinte par une maladie récessive, liée au chromosome X, la majorité des chiens atteints sont des mâles, ce qui est le cas pour l’APR du Border collie.

Les recherches que nous menons au CNRS ont pour but à terme de développer un test génétique pour dépister les femelles porteuses, atteintes et les mâles atteints. Ces tests, à destination des vétérinaires, des éleveurs et des propriétaires de Border collie, serviront au diagnostic mais aideront également à effectuer des mariages appropriés pour diminuer la fréquence du gène muté et ainsi le nombre de chiens atteints et porteurs dans la population de Border collie. De plus, le chien de façon générale partage un grand nombre de gènes commun avec l’homme et est ainsi un très bon modèle génétique. Le gène trouvé chez le Border collie pourrait donc être également impliqué dans la maladie homologue chez l’homme. Le Border collie pourrait aussi bénéficier des thérapies développées pour l’homme.

Pour mener à bien ces travaux, nous recherchons toujours des échantillons sanguins de Border collie, LOF, ou inscrits a Titre Initial (TI), non LOF, atteints et sains. Les chiens atteints de tout âge avec leur famille la plus possible complète (parents/grand parents, frères et sœurs de portée, enfants/petits-enfants) sont particulièrement utiles. Par ailleurs, nous recherchons activement des chiens sains de plus de 5 ans. Les journées de dépistage organisées par le Club sont une excellente occasion de faire ces prélèvements et surtout de réaliser un suivi oculaire régulier des chiens. Si le prélèvement sanguin est réalisé lors d’une visite chez votre vétérinaire, le CNRS peut prendre en charge l’acte de prélèvement.

En cas de décès d’un chien (atteint ou sain), quelle qu’en soit la cause, contactez-nous au plus vite, si possible avant le décès du chien au 02 23 23 45 09 pour que nous puissions vous indiquer la procédure à suivre.

Les éleveurs et propriétaires désirant participer doivent nous faire parvenir: – un prélèvement sanguin (sur tube EDTA) – une fiche d’identification, – une photocopie du pedigree, – une photocopie du certificat d’examen oculaire, Les informations qui nous sont transmises sont uniquement destinées à la recherche et restent strictement confidentielles.

Contact : Dr Catherine André, Dr Pascale Quignon ou Morgane Bunel Site internet : http://dog-genetics.genouest.org Par téléphone : 02 23 23 45 09 ou 02 23 23 32 23 Par e-mail :     cani-dna@univ-rennes1.fr ou    pascale.quignon@univ-rennes1.fr  ou   morgane.bunel@univ-rennes1.fr

Source AFBC

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