Champion Léon

S’il est une personnalité qui ne passe pas inaperçue, et que tous connaissent dans le microcosme des concours de chiens de troupeaux, c’est bien Léon ETIENNE.


Son palmarès dans les différentes disciplines de concours serait trop long à énoncer ici et en ferait pâlir plus d’un !à 83 ans, sa victoire en Championnat de France bovins et sa 3ème place en finale du Championnat Inter-races, viennent confirmer ses qualités de dresseur et de conducteur.
Je voudrais dans ce bulletin faire de lui un portrait, sans nul doute subjectif et exagérément élogieux, ce dont vous voudrez bien me pardonner, mais destiné à vous présenter l’homme de cœur qu’il est, et lui rendre un hommage collectif, bien mérité.

Heureux de vivre

Léon est né le 13 novembre 1929 à Sémalens, dans une ferme où ses parents étaient métayers. Dès la naissance, étant jumeau et de toute petite taille, il a du faire preuve de vitalité, à l’heure où il n’existait ni couveuse, ni lait maternisé. C’est enveloppé de coton (sic) qu’il passa ses premiers jours, faisant l’objet de tous les soins de la part de son entourage inquiet pour sa survie. Il a sans doute gardé de ses premières semaines de vie, un physique de poids plume mais surtout une envie de vivre à toute épreuve, que traduit son éternel sourire.

Animalier

Dans son jeune âge, les temps sont rudes pour une famille de paysans, la Grande Guerre apportant son lot de difficultés supplémentaires et de malheur, et tout le monde doit mettre la main à la pâte à la maison. Outre les travaux des champs l’été, les enfants participent aux travaux quotidiens. Le matin, Léon va garder les canards et les pintades dans les semis de luzerne pour lutter contre les limaces dévoreuses de jeunes plantes. Le soir
ce sont les vaches et les brebis qu’il faut surveiller, et puis soigner les cochons et la volaille, alors, l’école passe un peu en second plan. « Tu parles, quand j’arrivais à l’école, j’étais crevé » me confie-t-il « ce n’est pas étonnant que je sois illettré ! ». Mais de cette école de la vie à la ferme, il a appris beaucoup et dans l’art de manipuler les troupeaux quels qu’ils soient, avec ou sans chien, il est devenu le maître que l’on connait.

Dur à cuire

Arrivé à l’âge adulte, Léon épouse Marthe, dont il aura deux fils. Marthe c’est sa « Perlotte » comme il l’appelle, et à tous deux ils vont, à force de travail et de sacrifices, racheter le domaine sur lequel ses parents étaient métayers et la maison de maîtres des anciens propriétaires que tout le monde appelle le château des Hourtals. Pour payer les emprunts Léon se souvient :« Il a fallu en tirer du lait, pour rembourser la banque!»Perlotte allait le livrer à Castres, par tous les temps, avec sa mobylette attelée à un « carrétou» (ndla : une petite remorque). Ces années de dur labeur reflètent la ténacité de notre ami qui sait revenir sur l’ouvrage jour après jour, avec application.

Passionné

Alors qu’il a déjà 55 ans, Léon entend parler des concours et des border collies, par son tondeur Norbert MIALHE( ndla : dont, si je me souviens bien, les premiers chiens venaient de chez Gillian et Charles HUGO) qu’il accompagne un dimanche en Espagne
pour assister en spectateur, à son premier concours. Il est enthousiasmé : « c’est là que le virus m’a pris ! Je me suis dit que je pouvais en faire autant» et il décide d’acheter ses deux premiers border collies non-inscrits, deux sœurs de portée : Belle et Cora. Cette dernière étonne notre homme de par ses aptitudes naturelles : « Elle gardait les brebis toute seule sans que je ne lui aie rien appris : elle me les arrêtait le long de la route et quand c’était l’heure de rentrer, elle les ramenait à la bergerie !». Il est persuadé qu’il a une championne entre les mains.

Décidé

Mais, une première participation au concours de Sorèze avec CORA s’avère décevante : « J’étais complètement à côté de la plaque, alors j’ai décidé d’aller faire un stage pour me former ». Ses fils se débrouilleront bien sans lui quand il sera retraité, et il ne veut pas rester inactif. On est au début 1993, il a 63 ans, et malgré son savoir- faire avec les chiens et sa longue expérience des troupeaux, il découvre de nouvelles techniques de dressage. Suite à ce stage, Léon investit dans la génétique en achetant son premier chien inscrit : INDA (une fille de FLASH à JF CASAUX et de FANNY à B. LACOSTE).. De stage en entraînement studieux, la passion se renforce et dès 1994 il commence à participer à des concours amicaux et même à la coupe des Province 1995 à Rambouillet où il sera mon binôme.

Volontaire

Puis, viennent d’autres chiens : JOIE, LAMA , MAYA et bien d’autres encore , qui ont tous brigué en leur temps, d’honorables places sur les podiums , prouvant que le résultat dépend, pour beaucoup, du conducteur, de ses compétences et de sa ténacité. De semi échecs en nombreux succès, Léon apprend et progresse, citant en occitan, un de ses dictons préférés ( je vous le traduis ici en français) : « la vieille ne voulait pas mourir parce qu’elle apprenait encore ! ». Toute une philosophie de vie résumée là et un message qu’il diffuse à tous ceux qui veulent l’entendre :«Allez-vous former, faites des stages !»

Modeste

Ces dernières années, Léon, ayant acquis sa notoriété en même temps qu’il est devenu notre Papi Léon à tous, a limité ses sorties dominicales pour ne pas abandonner sa Perlotte, à la santé défaillante. Cependant, c’est chaque fois dans le haut du classement qu’il place son AZOR, chien qu’il considère, à l’écouter, comme « le meilleur de ceux que j’ai eus ! » et ses derniers classements nationaux ne font que confirmer cette appréciation, couronnant une belle carrière : « Deux podiums au niveau national à 83 ans, ils ne sont pas prêts de le revoir !» me confie-t-il avec une fierté justifiée. Toujours prêt
Quant à ses projets : « J’ai deux fils d’Azor de 8 et 20 mois. Je pense commencer les concours en 2014 avec le plus âgé. L’autre ce sera pour l’année d’après ! » me lance-t-il les yeux pleins de malice et un large sourire éclairant son visage…

En conclusion

je dirai que notre Papi Léon participe à sa manière, depuis 20 ans, avec modestie, gentillesse et compétence au développement de notre race et qu’il méritait ce signe de reconnaissance.
Que chacun d’entre nous puisse tirer profit des leçons qu’il nous donne, lui, le mauvais élève de la communale!
Source Jean-François CALMET, octobre 2013.
Bulletin afbc n° 67 – Mars 2014 Page 23